Ce qu’il faut savoir sur la canicule et les astuces pour rester au frais

Quelle est la différence entre chaleur intense et canicule ? D’où vient ce phénomène météorologique ? Comment s’y adapter ?   Le point alors qu’une nouvelle hausse des températures est attendue vendredi.

Dans le langage courant, on a tendance à se plaindre d’une chaleur « caniculaire «  dès que le thermomètre monte un peu trop fort en été et que l’on connaît un pic de chaleur. La réalité est légèrement différente. Féroce et brutale, une véritable canicule est un phénomène météorologique spécifique à prendre très au sérieux, d’autant qu’il va devenir de plus en plus fréquent.

1. Quelle différence y a-t-il entre forte chaleur et canicule ?

L’état de canicule obéit à une définition précise,  rappelée sur le site du ministère de la Santé : Il faut que la température dépasse 36°C trois jours de suite et qu’elle ne baisse pas la nuit en dessous de certains seuils, 21°C à Bordeaux et à Toulouse. Ce qui arrive et arrivera de plus en plus souvent, réchauffement climatique oblige. Ces seuils sont réévalués annuellement parMétéo-France, en partenariat avec l’Institut de Veille sanitaire (INVS). Les plantes, les animaux et la biodiversité en général n’apprécient pas vraiment les épisodes caniculaires. Les êtres humains, dont la température interne doit rester aux alentours de 37°C, en souffrent tout particulièrement.

LE MOT
Canicule vient de  « Canicula », la « Petite Chienne » en latin, qui est aussi le nom de l‘étoile Sirius dans la constellation du Grand Chien. A l’origine, la canicule désigne la période annuelle du 24 juillet au 24 août où cette étoile ardente se couche et se lève en même temps que le Soleil. Les anciens pensaient en effet qu’il existait un lien entre l’apparition de Sirius et les grandes chaleurs observées en Egypte. Rien à voir, donc, avec le fait que l’homme tire la langue comme son meilleur ami le chien, lorsqu’il fait très chaud.

Autre inconvénient majeur pour la santé, lors des périodes de très forte chaleur, la pollution de l’air à l’ozone reste élevée et peut dépasser les seuils d’information pour donner lieu à des alertes. Si l’on peut se protéger de la chaleur ou du froid, plus ou moins bien, on ne peut en aucun cas s’empêcher de respirer.

2. Quelle est l’origine d’une canicule ? 

En France, la canicule est due principalement à la conjonction de deux phénomènes météorologiques : un anticyclone bien installé sur l’Europe et une dépression ancrée sur l’Atlantique qui provoquent des vents du sud qui poussent une masse d’air chaud, présente sur l’Afrique du Nord,  l’Espagne et le Portugal, vers la France et plus particulièrement  vers le Sud-Ouest. Les fortes chaleurs et les canicules surviennent généralement entre le 15 juillet et le 15 août, mais peuvent commencer plus tôt, en mai ou en juin, comme on l’a vu en 1976 et 2003.


Les citadins sont les premières victimes de ces vagues de chaleur exceptionnelles, car les villes abritent et génèrent des  » îlots de chaleur ».Les zones urbaines où les températures s’élèvent plus qu’ailleurs, et surtout, redescendent moins le soir, auto-alimentent le phénomène. En cause, le béton, les pavés, les pierres et les surfaces vitrées qui emmagasinent la chaleur avant de la restituer dans l’atmosphère, mais aussi les activités industrielles, la circulation routière, les climatiseurs. A contrario, le manque d’arbres et de végétation, capteurs de CO2, nuit au rééquilibrage des températures. D’où l’intérêt de végétaliser les toits et les façades, mais aussi d’aménager en ville le plus possible d‘espaces verts, des jardins de poche aux parcs et jardins publics.

3. Que faut-il faire pour se protéger ?


Voici un petit guide de survie en temps de fournaise, inspiré des conseils donnés par les autorités sanitaires. Du simple bon sens ? Encore faut-il les suivre.

S’hydrater

Premier bon réflexe : s’hydrater et boire régulièrement, pas de la bière ni du soda, mais de l’eau  (un litre et demi par jour au minimum). La chaleur coupe l’appétit, mais il ne faut pas sauter de repas:  on mange frais et léger, des légumes, des fruits, du poisson ou des viandes blanches. Faire des heures supplémentaires au bureau s’il est climatisé, investir dans un ventilateur, laisser tomber la bombe anti-agression pour un brumisateur, sortir aux heures les moins chaudes de la journée, chercher les endroits frais comme les salles de cinéma ou les musées, faire trempette dans les fontaines, et éviter les efforts en plein soleil, comme le footing entre midi et deux, sont d’autres gestes qui sauvent.


Chez soi, on peut recourir au bon vieux système de la douche tiède – pas froide, gare au choc thermique, et ultra rapide, pour ne pas gaspiller l’eau – et on n’hésite pas à s’humidifier la tête avec un gant. Pour garder à la maison une température inférieure à celle de l’extérieur, on ferme soigneusement fenêtres, stores et volets dans la journée, pour ne les ouvrir que la nuit, lorsque la chaleur diminue, même si le gain de fraîcheur, relatif, n’est que de quelques degrés.

Vigilance et solidarité

Enfin, on n’oublie pas de veiller au bien-être des personnes les plus fragiles de son entourage, des enfants aux personnes âgées, afin de prévenir tout malaise et d’alerter éventuellement les secours.

4. Y aura-t-il plus de canicules dans l’avenir ?

La réponse est oui. Le réchauffement climatique en cours entraine déjà lamultiplication des épisodes caniculaires. Si la France a relativement été épargnée depuis la grande canicule de 2003, la Russie, les Etats-Unis, le Japon et l’Australie ont, notamment, subi d’intenses vagues de chaleur ces dernières années, souvent accompagnées de sécheresses et d’incendies d’une ampleur inédite.


Cette année, en mai et juin, l’Inde et le Pakistan où la mousson se fait attendre, ont connu des températures ahurissantes, de l’ordre de 45°C en Inde où plus de 2.000 personnes sont mortes des suites de la chaleur. Au Pakistan, les températures caniculaires qui étouffent le sud du pays ont fait plus de 1.000 morts en quatre jours, selon le décompte officiel du 25 juin.  Les autorités locales ont déclaré l’état d’urgence dans les hôpitaux pour faire face à la catastrophe.

« Il est nécessaire d’envisager les conséquences d’une élévation de la température moyenne globale de l’ordre de 4°C ou 5°C ». Hervé Le Treut, climatologue

Rien encore de comparable en France, fort heureusement, mais selon les explications données au « Parisien Aujourd’hui en France » le 29 juin par la paléo-climatologue Valérie Masson-Delmotte,  « Il y a, depuis quinze ans,  une augmentation des vagues de chaleur dans le monde, et la France est l’un des endroits les plus sensibles à ces phénomènes en Europe de l’Ouest ».


Un constat qui rejoint celui du rapport sur l’évolution du climat en Aquitaine, piloté par le climatologue et membre du Giec, Hervé Le Treut. Publiée en septembre 2013, l’étude « Prévoir pour agir, la Région Aquitaine anticipe le changement climatique » pointe, entre autres, la vulnérabilité du Sud-Ouest au risque caniculaire.

5 jours de canicules par an en plus en 2050

Entre 2021 et 2050, le territoire métropolitain comptera jusqu’à 5 jours de canicule en plus par an, et jusqu’à 4 jours anormalement froids en moins, prévoit le volume 4 du rapport « Le climat de la France au XXIème siècle », publié en 2014, sous la direction du climatologue Jean Jouzel. Quant à la hausse de la température moyenne, d’ici à 2050, elle sera de +0,6°C à +1,3°C.

En Aquitaine comme en France, « Nous aurons toujours des hivers froids, mais sans doute davantage d‘hivers sans neige, et au contraire, en été, des périodes répétées de canicules plus intenses que celle de 2003. Il existe aussi un risque de sécheresses récurrentes, qui peut cohabiter avec des épisodes de pluies orageuses et intenses », précise Hervé Le Treut.

L’année 2015, la plus chaude jamais enregistrée?


 

2013 comptait parmi les six années les plus chaudes jamais enregistrées sur la planète. L’année 2014 avait pris la première place sur le podium du réchauffement climatique. 2015 est bien partie pour la battre au poteau, les cinq premiers mois de l’année ayant successivement battu tous les records de chaleur depuis le début des relevés de températures en 1880. Tel était le constat, effectué le 18 juin dernier, par l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA), qui en concluait que le « réchauffement de la planète se poursuit ». Les températures exceptionnelles de ce début d’été,relevées en France et ailleurs dans le monde, ne risquent pas de le démentir.

+ 4°C en 2100 ?

En 2050, le climat de Bordeaux pourrait être celui de Porto

Si l’ensemble de la communauté internationale ne parvenait pas à s’accorder à la conférence de l’ONU  sur le climat organisée à Paris, en décembre prochain, pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre produites par les activités humaines, la température moyenne du globe augmenterait de +4°C d’ici à la fin du siècle, bien au-delà du seuil fatidique des 2°C, établi par tous les scientifiques pour préserver de bonnes conditions de vie sur Terre. Et la planète, vieille de 4,5 milliards d’années, aurait connu en 100 ans un changement climatique de l’ordre de ceux que l’histoire de son climat  mettait quelque 100.000 ou 800.000 ans à digérer…

Dans un futur proche, le climat de Bordeaux pourrait bien être celui de Porto (Portugal), celui de Paris, celui de Toulouse, celui de Limoges, celui de Bordeaux et celui de Biarritz, celui de Savannah (Etats-Unis). La canicule de l’été 2003, deviendrait alors la normale saisonnière de nos étés, ce qui ne serait peut-être pas le pire de nos maux.

Source : SudOuest.fr

 

 

 

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